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ATELIER FRANCE TRAVAIL NOYON

Responsable : David Ringal 
Comédien : Emilien Rousvoal 
100 heures 

Bilan atelier théâtre — France Travail / Écosystème, Noyon
Cet atelier a été construit et animé en tant qu’intervenant externe pour France Travail, via la Compagnie des Lucioles, à Noyon, à destination d’un groupe de demandeurs d’emploi. Quatre séances, co-construites autour d’une identité pédagogique claire : l’humour absurde comme porte d’entrée, pour désamorcer les appréhensions face au théâtre, et un travail d’outils professionnels (prise de parole, écoute, gestion du regard, travail collectif) mené de façon oblique, sans jamais nommer ces objectifs en amont. L’idée : que les participants prennent conscience, après coup, de ce qu’ils avaient réellement travaillé. Le groupe comptait douze participants au départ. Deux ne sont pas allés au bout, pour des raisons très différentes : l’un n’a jamais vraiment accroché, tandis qu’une autre a quitté le groupe en cours de route… pour avoir retrouvé un emploi, la meilleure des raisons de nous quitter. Le parti pris s’est construit en opposition explicite aux formats classiques de préparation à l’emploi : pas de simulation d’entretien, pas de silences pesants utilisés comme outil. La matière s’est appuyée sur les Viewpoints d’Anne Bogart pour l’espace et le temps, sur des exercices inspirés de la méthode Feldenkrais pour la conscience corporelle, et sur des formes physiques collectives comme le Radeau de la Méduse, favorisant la solidarité de groupe et l’engagement du corps entier plutôt que la seule parole. L’ambiance s’est révélée agréable et posée, portée par une grande qualité d’écoute. Les participants n’ont pas toujours saisi précisément ce qu’ils étaient en train de travailler, l’entrée par l’absurde y est sans doute pour beaucoup, mais ils se sont laissé prendre au jeu avec un plaisir constant, séance après séance. Ce choix de l’absurde s’est révélé être une excellente porte d’entrée pour briser la glace avec un public pas toujours à l’aise a priori avec le théâtre. L’atelier n’a pas été figé dans sa forme initiale : plusieurs ajustements ont été faits en temps réel, notamment le développement d’une pièce chorale à partir de discours de réussite fictifs écrits par les participants eux-mêmes, un dispositif né du groupe et de ce qu’il donnait à voir en cours de route. L’échauffement d’une séance a également été adapté pour s’ajuster aux besoins ressentis à l’arrivée des participants. Au-delà du travail théâtral, ce qui a le plus marqué cette édition est le lien construit entre les participants. Un vrai lien de soutien est né en seulement quatre séances, remarqué aussi bien par nous que par les conseillers France Travail présents : le groupe restait après les séances pour discuter ensemble, repartait en petits groupes en pleine conversation, malgré une timidité souvent très forte au démarrage ; une réussite qui dépasse largement les objectifs initiaux de l’atelier. Une courte présentation d’un quart d’heure a clôturé le projet. Chacun a pris la parole à tour de rôle puis collectivement, avec un système d’improvisation où des déclencheurs venaient les remettre en zone de confort si la création en direct les perdait. Chacun a parlé, consciemment, de son vécu, sa personnalité, ses difficultés sociales et personnelles, selon ses propres envies et besoins ; sans que personne ne se sente forcé : la parole restait ouverte, appelant au partage plutôt qu’à la comparaison. À l’issue des quatre séances, tous les participants ont exprimé le même regret : celui de la trop courte durée de l’aventure. Un très bon signe pour une première édition, quatre séances suffisent à créer une vraie dynamique de groupe, mais sans doute pas à l’épuiser.
Émilien Rousvoal