La Clairière – presse

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La presse en parle

2026

Un couple, une copropriété ; des communautés fermées, verrouillées, rassurées par un mur. Côté public on le découvre tagué, ce mur, mais du côté des personnages, on l’imagine bien propre, bien blanc, crépi de frais. Mais un jour, coup de tonnerre, le mur disparait, laissant place à l’angoisse et la peur. « Il n’y a plus rien entre la sauvagerie et nous » dit ainsi Luce à son mari Pierre, même si, admet-elle « nous, on est du bon côté ».

« Depuis leur forêt sombre, ils nous regardent ». Mais qui donc ? Les invisibles. Ceux qui sont étrangers, étranges. Ceux qui, passant par une porte invisible, ont édifié cette copropriété, et ce mur, à côté d’habitants qui ne les voient même pas. Ils sont maçons, balayeurs, étrangers, des invisibles, juste dignes de loger dans la niche du chien, tel Carol, réfugié chez Perrine, la fille de Pierre et Luce.

Indifférence, racisme, peur de l’autre et repli sur soi, c’est une lecture sur plusieurs plans que propose le texte de Stéphane Jaubertie. A petites touches, esquissées plus que soulignées, « la clairière » propose un éclairage sur le monde que nous vivons. L’idée de départ de ce texte de commande pour la compagnie des Lucioles était certes de parler du mur du Berlin, mais par extension, « la Clairière » les évoque tous, ces murs, nos murs intérieurs, les murs de nos secrets, nos forteresses intimes.

Jérôme Wacquiez, le metteur en scène, a rassemblé autour de lui une belle troupe de comédiens qu’il fait jouer en avant-scène comme au fond du plateau : à chaque espace sa destination : découpés dans des cadres pour les scènes intimes, les personnages sont en avant-scène pour les interactions.

Il y a ce couple aimant mais inquiet, leur fille unique et aimée, le voisin prêt à en découdre, le président de copropriété rigide, la locataire laissée pour compte, l’invisible, sympathique mais sûrement inquiétant, et ce mystérieux fantôme.

Face à la richesse d’un texte engagé à la dramaturgie efficace, le metteur en scène et ses comédiens (dont lui-même) déploient toute la palette du jeu : il y a de la tension, de la comédie, du mystère dans cette « clairière ».

« La clairière » est un exemple parfait de tout ce qui fait l’essence de ce théâtre que l’on aime : un théâtre de texte, un théâtre de jeu, un théâtre de décor et de lumières, bref, un spectacle complet et passionnant.

Eric Dotter, critique théâtre

2025

« La clairière » en pleine nature, c’est l’idée commune qui a germé dans la tête des programmateurs du théâtre de Verdure du bois de Boulogne et du directeur de la compagnie « les Lucioles ».

Pourquoi pas, en effet, offrir un cadre de verdure à cette pièce de Stéphane Jaubertie, confrontant les habitants d’une copropriété à la chute du mur qui les protégeait jusqu’alors d’un forêt jugée menaçante.

Imaginez-vous donc un espace aménagé dans le parc du bois de Boulogne, un espace en rond, délimité par des bosquets taillés, et, au fond, une sorte d’espace surélevé, la scène, et tout au fond, une forêt et des rocailles aménagées pour s’y promener. Un lieu bucolique et magique. 

On pense être convié à une lecture- c’est du moins ce qu’annonce le programme de l’endroit- mais c’est à une véritable pièce de théâtre que l’on assiste, déjà mise en costumes et en mouvement. 

Le choix du metteur en scène est un peu iconoclaste : plutôt que de garder la forme conventionnelle du lieu, il a inversé la salle et installé les spectateurs en surplomb sur l’espace ordinairement laissé au jeu. Nous voici ainsi observateurs de l’angoisse de ces copropriétaires, confrontés à l’étrange, l’étrangeté, ou l’étranger, sûrement tapis dans cette inquiétante forêt. 

Une fois le mur tombé, envolé, disparu, les angoisses s’expriment ainsi et les langues se délient. Le mur physique cachait aussi d’autres murs, les murs intérieurs, abritant parfois des non-dits ou des mensonges. 

Dans cette communauté d’habitants, Il y a ce couple, Luce et Pierre, ensemble depuis 35 ans, ils voient leur vie de couple et de parents bouleversée par la chute de ce mur, et leur fille, Perinne leur échapper.   Deux hommes n’ont pas de nom particulier mais chacun incarne un type de réaction particulière, il y a l’homme Nr 1, portant haut sa fonction de président du Conseil Syndical, et tentant d’agir comme tel, avec responsabilité et un semblant de méthode. Quant à l’homme Nr 2, Jaubertie a choisi de lui faire revêtir la posture du milicien en puissance, prêt à s’armer pour défendre son appartement, seul bien qu’il possède, ou à partir de la résidence. Parmi les résidents, il y a aussi Farida, quasiment laissée pour compte, car locataire, mais pas la dernière pour exprimer vivement ses angoisses. 

Et l’étranger, celui qui menace ? il prend les traits de Carol, et nous amène à réfléchir sur l’invisibilité de ceux qui au quotidien font fonctionner notre société.  

C’est un beau texte métaphorique à souhait qu’a écrit Stéphane Jaubertie, à la demande de Jérôme Wacquiez, le directeur des « Lucioles », metteur en scène et comédien dans « la clairière », il a composé cette comédie sans plaquer de message, sans brandir de tract, juste en offrant un déroulé dramaturgique cohérent et des personnages robustes qui dialoguent et interagissent. 

Présenté comme une lecture, cette « clairière » jouée sur une seule date, présente toutes les qualités d’un vrai spectacle. Comédie de société, elle tire tantôt vers le rire et parfois vers l’émotion, sans jamais perdre le spectateur. 

Il faut dire que ce spectacle est porté par une belle troupe de comédiens, on nommera ainsi Jerême Wacquiez (Pierre), Flora Bourne Chastel (Perrine et Esther), Olivier Ruidavet (Homme 1) et Emilien Rousvoal (Homme 2). Parmi ceux qui nous ont particulièrement convaincu, il y a Charlotte Bagland (Farida). Sa révolte et son angoisse devant cette chute du mur s’exprime tout en énergie sans que jamais elle n’ait besoin de crier. On nous permettra également de mentionner Radoslav Majerick, qui joue Carol, l’étranger. Invisible soumis puis homme à part entière, il offre une palette de jeu riche et donne à son personnage l’épaisseur et la présence qu’on lui dénie dans la société.

Et enfin, il y a Luce, la femme de Pierre, incarnée par Patricia Thévenet. En cet unique jour de représentation elle était le ressort comique du spectacle, faisant penser dans sa fausse discrétion et son indignation bourgeoise aux meilleures comédiennes comiques des années 70. 

Tirant partie du lieu, le metteur en scène fait cheminer ses comédiens sur la totalité de la surface herbeuse habituellement réservée au public mais aussi dans les bosquets. Inconvénient du spectacle en plein air, la voix se perd parfois mais force est de reconnaitre que la confrontation entre les costumes bariolés des comédiens et la nature crée un effet troublant que seul ce type de lieu peut engendrer.   

On l’a écrit ici, malgré la qualité de ce qu’on peut voir en ce dimanche, ce spectacle présenté comme une lecture n’est encore qu’une étape parmi les nombreuses encore à venir avant le début des représentations. D’ici là, le spectacle aura certainement encore « bougé ». Cette première représentation publique fourmille déjà d’idées de mise en scène, on est donc impatient de connaitre les dates de tournée de « La clairière » qui réunit les ingrédients de ce qui nous fait sortir au théâtre : un bon texte, de bons comédiens, et un message porté (plutôt qu’asséné) sur la société qui nous entoure

2024

« La Clairière », de Séphane Jaubertie, mise en scène de Jérôme Wacquiez, prieuré de Senlis le 13 septembre 2024

Dans cette résidence bourgeoise, à la lisière de la forêt, résonne un coup de tonnerre ; soudainement c’est la panique : le mur a disparu !

Une fois envolé l’immense rempart qui protégeait de l’étrange, de l’étrangeté, de l’étranger, les peurs apparaissent, les esprits s’échauffent, les langues se délient.

Ça fait moins d’une semaine que Stéphane Jaubertie, l’auteur de théâtre, a confié « La Clairière », son texte, à Jérôme Wacquiez, le metteur en scène. Une semaine à peine et pourtant, même dans cette simple lecture ça fonctionne déjà. La troupe s’est emparée du texte, les mots sur le papier se sont dépliés et ont pris forme dans la voix de ces 7 comédiens assis face public, texte en main.

En consultant les copies de travail, on constate le travail déjà accompli en accord avec l’auteur. Le texte a été resserré pour constituer une dramaturgie dense, variée et cohérente. Tour à tour, émouvant, dramatique, comique, « La Clairière » suscite les réactions des quelques spectateurs invités à assister à cette naissance.

La nef renversée de ce superbe prieuré de Senlis accueille la résidence des « Lucioles », la troupe de Jérôme Wacquiez et en ce vendredi cet après-midi, les lycéens conviés à cette lecture ne sont pas les derniers à réagir au déroulement de l’action. Preuve est faite que, même à ce stade de la création, le texte « fonctionne » déjà et se suffirait presque à lui-même. Ce serait oublier le soin particulier apporté par le metteur en scène au choix des rôles. On est donc impatient d’assister à la suite, à l’émergence d’un jeu de scène, aux décisions prises quant à la scénographie.

Oui, le théâtre est toujours vivant, oui, on écrit encore des textes, oui, enfin, il est des écritures engagées qui n’estiment pas nécessaire de prendre la forme d’ennuyeuses plaidoiries démonstratives. La clairière en fait partie.

Eric Dotter